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Inside Fūga · Guide · Streetwear

Mode japonaise : sous-cultures de Tokyo, créateurs & marques

La mode japonaise n'est pas un style — ce sont deux : le pôle créateurs (Comme des Garçons, Yohji Yamamoto, Issey Miyake) et les sous-cultures de Tokyo (Harajuku, Visual Kei, Gyaru, Modern Streetwear). Ce guide montre comment les deux pôles se distinguent, quelles dix marques comptent et comment tu traduis les sous-cultures sans cosplay.

· Founder · Berlin · 20.04.2026 · 22 Min.
Japanese Fashion Guide - Fuga Studios

Tout le monde croit que la mode japonaise, c'est « kawaii d'Harajuku ou kimono ». Les deux réponses passent à côté. La mode japonaise n'est pas un style — ce sont deux mondes parallèles qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre, sinon qu'ils viennent des mêmes quatre kilomètres carrés de Tokyo.

D'un côté : le pôle créateurs. Comme des Garçons, Yohji Yamamoto, Issey Miyake — trois maisons qui, à partir de 1981 à Paris, ont reclassé la mode occidentale. Noir, asymétrique, déconstruit. De l'autre côté : les sous-cultures de Tokyo. Harajuku, Lolita, Visual Kei, Gyaru, Modern Streetwear. Coloré, en couches, briseur de règles.

Celui qui vend la mode japonaise comme « mignonne et ludique » n'a vu que la couche touristique de Takeshita-dōri et a complètement raté le pôle créateurs. Celui qui la vend comme « juste Yohji et CDG » a ignoré toute l'énergie des rues de Tokyo. Ce guide montre comment les deux pôles s'emboîtent — qui a fait ça, quelles six sous-cultures vivent encore aujourd'hui, quelles dix marques comptent et comment tu traduis ça sans cosplay.

À quoi ça ressemble dans un vrai outfit — la logique des couches de Tokyo en 15 secondes :

Origine

Qui a inventé la mode japonaise — et pourquoi y a-t-il deux mondes parallèles ?

La mode japonaise a deux moments de naissance. Tous deux ont lieu à la fin des années 70 et au début des années 80, tous deux à Tokyo, et tous deux indépendamment l'un de l'autre. Qu'une identité mode nationale commune en soit née relève davantage d'un récit occidental que d'une réalité japonaise.

Le premier moment de naissance, c'est 1981 à Paris. Rei Kawakubo présente Comme des Garçons, Yohji Yamamoto sa première collection. Tous deux rompent avec tout ce qu'avait été la mode parisienne jusque-là : noir au lieu de couleur, asymétrique au lieu de symétrique, ample au lieu de près du corps, avec des trous volontaires au lieu d'une finition impeccable. La presse française appelle ça « Hiroshima Chic » — au sens péjoratif, porté plus tard comme une distinction par Kawakubo. Issey Miyake était là depuis 1970, mais c'est seulement ce double début parisien de 1981 qui fait du design avant-gardiste japonais une catégorie à part.

Le second moment de naissance, c'est la fin des années 80 sur un pont nommé Jingu-bashi, juste à côté de la gare d'Harajuku à Tokyo. Des jeunes s'y retrouvent le week-end, construisent des outfits à partir de ce qu'ils trouvent dans les boutiques autour de Takeshita-dōri, et sont documentés par des photographes comme Shōichi Aoki. Son magazine FRUiTS à partir de 1997 devient l'archive visuelle des sous-cultures d'Harajuku. Lolita, Decora, Visual Kei, Gyaru — toutes grandissent dans ce pâté de trois rues.

Ces deux pôles n'ont jamais vraiment pris contact. Les acheteurs CDG n'ont jamais été sur le Jingu-bashi. Les filles Lolita ne se sont pas offert de vestes Yohji. Ce qu'ils partagent malgré tout : une rupture systématique avec les principes occidentaux de la mode. La forme avant la fonction, l'idée avant la vente, le détail avant la silhouette. C'est pourquoi la mode japonaise paraît souvent à un œil occidental à la fois adulte-conceptuelle et enfantine-sauvage — parce que ce sont littéralement deux modes différentes qui courent en parallèle.

Définition

Quel style vestimentaire est typique au Japon — tout ce qui en fait partie

La mode japonaise n'est pas un look unique, mais un ensemble de cinq couches qui existent indépendamment les unes des autres. Celui qui dit « typiquement japonais » désigne une couche différente selon la génération. Une Japonaise de 65 ans pense au kimono. Une acheteuse de 35 ans pense à Uniqlo ou Yohji. Une lycéenne de Tokyo de 19 ans pense au Y2K Harajuku ou au Modern Streetwear. Toutes les trois ont raison.

1981

Double début parisien (CDG + Yohji)

6

sous-cultures vivantes aujourd'hui

4

quartiers de Tokyo comme ancrages de style

0

uniforme national fixe

Les chiffres te donnent le cadre. Quatre quartiers de Tokyo portent la mode : Harajuku (sous-cultures), Shibuya (jeunesse mainstream), Aoyama (pôle créateurs) et Shimokitazawa (vintage, indépendant). Celui qui achète dans un quartier voit rarement ce qui se passe dans l'autre. Ce n'est pas une anecdote de touriste — c'est la structure opérationnelle.

Concrètement, fait partie de la « mode typiquement japonaise » l'une de ces cinq couches :

  • Vêtements traditionnels — kimono, yukata, hakama, haori. Aujourd'hui portés surtout pour les fêtes, les mariages et les matsuri d'été. Pas le quotidien, mais l'ADN de nombreuses coupes de créateurs (drapé, croisé, asymétrie).
  • Créateurs avant-gardistes — CDG, Yohji, Issey, Sacai, Undercover. Noir, déconstruit, asymétrique. Le concept avant le confort, l'idée avant le logo.
  • Sous-cultures d'Harajuku — kawaii, Lolita, Decora, Visual Kei, Gyaru. Superposition, pastel ou noir, densité d'accessoires. Les outfits comme déclaration d'identité.
  • Modern Streetwear — A Bathing Ape, WTAPS, Neighborhood, Visvim. Héritage skater de Tokyo, tissus techniques, hardware lourd, souvent des coupes militaires.
  • Tech et workwear — Beams, United Arrows, Snow Peak, Junya Watanabe Outdoor. Tissus outdoor fonctionnels dans des coupes civiles — la version japonaise du Techwear.

Celui qui porte proprement l'une de ces cinq couches paraît compatible avec le Japon. Celui qui en mélange trois ressemble à un touriste qui a coché trop de choses dans le guide de Tokyo. Il existe une règle qui empêche ça :

6 sous-cultures

Les sous-cultures japonaises les plus importantes — les 6 types qui comptent aujourd'hui

Si tu poses côte à côte des photos de street style de Tokyo des trente dernières années, six types se cristallisent. Chacun avec son propre quota de couleur, sa propre logique de couches, son propre quartier de Tokyo comme ancrage. Ils se chevauchent sur les bords, mais personne n'en porte deux proprement en même temps.

Lequel des six te convient dépend moins du goût que de la ville où tu vis et de la densité d'accessoires que tu portes. Comment ça se répartit entre hommes et femmes, c'est pour maintenant.

Partage de genre

Style Japon femmes vs hommes — là où le vêtement japonais moderne diffère

Les six types ci-dessus fonctionnent en principe pour tout genre — les garçons Lolita existent, les filles streetwear existent. Ce qui diffère, c'est la densité de chaque couche. À Tokyo, les femmes portent en moyenne plus d'accessoires par outfit, les hommes plus de couches. Les deux côtés superposent, mais différemment.

Version femmes : la couche d'accessoires porte l'outfit. Bijoux, barrettes, plusieurs sacs, des couches de collants, breloques en peluche. Avec le kawaii d'Harajuku ou la Lolita, le nombre de pièces visibles par outfit dépasse nettement ce que la mode occidentale montre d'habitude. Avec les créatrices avant-gardistes (CDG, Yohji Wmns), il y a moins de pièces, mais le drapé et le volume portent l'effet — un seul manteau Yohji fait tout un outfit.

Version hommes : plus de couches, moins d'accessoires. Cols ronds superposés sous chemises workwear sous coach jackets — trois couches de tissu, une d'accessoire. Avec le Modern Streetwear (BAPE, WTAPS), la logique des couches est visiblement mise en scène ; avec le Visual Kei, les couches sont plus dramatiques (long manteau sur mesh sur débardeur). Les bijoux restent fonctionnels — une chaîne, une bague, une boucle d'oreille. Rarement plus.

Ce que les deux partagent : la règle de la rupture de proportion. Large en haut, étroit en bas — ou l'inverse. Jamais les deux serrés, jamais les deux larges. C'est la seule règle qui traverse les six sous-cultures, du jupon Lolita au pantalon Yohji. Plus là-dessus dans le chapitre styling plus bas.

Marques

Marques de mode japonaises — quels labels écrivent vraiment la mode japonaise

Si tu veux acheter de la mode japonaise, tout passe par dix labels. Trois d'entre eux tiennent le pôle créateurs, quatre définissent le terrain du streetwear, trois se situent entre les deux ou dans le segment de masse. Voici la liste que chaque initié de Tokyo connaît par cœur.

Les dix labels qui ont écrit la mode japonaise — par ordre chronologique de fondation :

  • Comme des Garçons (1969, Rei Kawakubo) — fondé à Tokyo, débuts à Paris en 1981. La mère de la mode déconstruite. Noir, asymétrique, avec des ruptures volontaires. A façonné toute une génération de créateurs occidentaux.
  • Issey Miyake (1970) — technique de plissé Pleats Please, A-POC, sac Bao Bao. La fonction comme concept. Quand un tissu est intelligent au lieu d'être seulement beau, c'est du Miyake.
  • Yohji Yamamoto (1972, débuts à Paris 1981) — la robe noire comme œuvre d'une vie. Ample, tombante, asymétrique. Y-3 est sa ligne Adidas et l'un des rares crossovers qui fonctionnent sans perte de substance.
  • Undercover (1990, Jun Takahashi) — ADN punk, dirigé contre le sérieux des créateurs. Collabore avec Nike, Supreme et Sacai sans se renier. Un pont entre le pôle créateurs et le streetwear.
  • A Bathing Ape (1993, NIGO) — BAPE. Camo, shark hoodie, sneaker Bape-Sta. Le moment où le streetwear japonais entre dans la culture hip-hop occidentale et domine aussitôt. Pharrell, Kanye, Lil Wayne le portent dès le début des années 2000.
  • Neighborhood (1994, Shinsuke Takizawa) — culture motard, workwear, hardware lourd. Se situe entre Visvim et BAPE — plus substantiel que l'un, plus technique que l'autre.
  • WTAPS (1996, Tetsu Nishiyama) — cargo militaire, coach jacket, coton lourd. Le frère plus discret de BAPE — pas de logos visibles, mais tout le monde dans le pâté streetwear de Tokyo connaît les coupes.
  • Visvim (2000, Hiroki Nakamura) — workwear heritage, références amérindiennes, sneaker FBT. Cher comme le pôle créateurs, conçu comme du workwear outdoor. A ouvert une couche à lui entre les pôles.
  • Sacai (1999, Chitose Abe) — pièces hybrides. Un blouson bomber qui ressemble à une chemise par-devant. Un cardigan qui est un trench par-derrière. A complètement réorienté la jeune génération de créateurs.
  • Uniqlo (1984, Tadashi Yanai) — la première marque du Japon par chiffre d'affaires. Basiques, tissus techniques (Heattech, Airism), aucune déclaration mode — mais la qualité de tissu est régulièrement meilleure que celle des concurrents occidentaux de fast-fashion. Le sol sur lequel reposent toutes les autres couches.

Celui qui veut porter de la mode japonaise sans payer des prix de créateur cherche sur le marché de la revente du CDG, de l'Undercover et de l'Issey, achète ses basiques chez Uniqlo et prend la couche intermédiaire chez des labels DTC — le vocabulaire streetwear de Tokyo sans le supplément Tokyo.

Catégorie · Outerwear

Vestes & manteaux japonais — coach, bomber, coupe hybride

La veste porte l'outfit japonais, quelle que soit la sous-culture choisie. C'est la plus grande surface, le tissu le plus dominant, le porteur de la proportion. À Tokyo, la veste est presque toujours une couche par-dessus au moins deux autres — ça change sa fonction. Une veste japonaise se porte ouverte, jamais fermée, sinon elle cache les couches du dessous.

Quatre types de vestes fonctionnent dans la mode japonaise : la coach jacket (le défaut du Modern Streetwear, BAPE, WTAPS, Neighborhood), la surchemise workwear (denim indigo ou coton lourd, ligne Visvim), le manteau hybride (inspiration Sacai, bomber devant, trench derrière) et le long manteau de déconstruction (CDG, Yohji — asymétrique, noir, une couche par-dessus tout).

Si tu n'as pas encore de veste compatible avec le Japon, c'est ton premier mouvement. Une veste en denim cropped ou un hybride hoodie-veste imprimé entre en jeu aussitôt dans 80 pour cent des outfits — sur du mesh, sur un col rond, sur un manches longues.

Catégorie · Bottoms

Pantalons & jeans japonais — ample, coupe hakama, flares

Dans la mode japonaise, le pantalon est la deuxième grande surface et le plus souvent celle qui casse la proportion. Les skinny sont sortis de Tokyo depuis environ 2018 — il reste l'ample, le cargo, le flared et les coupes larges inspirées du hakama, à taille haute et au pli net.

Les bas japonais qui fonctionnent se posent sur la hanche ou plus haut, tombent droit ou évasés et se terminent sur ou sous la chaussure — jamais plus court. Ce que tu évites : toute forme de skinny stretch, de jean taille basse sans volume en bas, et de pantalons cargo avec trop de patchs de marque visibles. Le vocabulaire cargo japonais, c'est coton lourd, noir ou indigo, avec des poches fonctionnelles — pas avec des logos streetwear.

Si tu veux construire un pantalon qui va avec chacune des six sous-cultures, prends un denim noir ample à taille haute. C'est le dénominateur commun — il fonctionne sous une veste CDG, sous une armure de cuir Visual Kei, sous une couche de peluche Harajuku.

Catégorie · skin-layer

Tops & chemises japonais — la logique du layering

Dans la mode japonaise, les tops sont rarement visibles seuls. Ce sont la couche sous la couche — manches longues sous col rond sous coach jacket, ou débardeur mesh sous chemise ouverte sous bomber. Même quand un seul top est visible, il y en a un dessous. C'est la logique centrale de multi-couches de Tokyo.

La règle : le top le plus intérieur est toujours près du corps et uni, la couche du milieu porte le détail (imprimé, graphique, rayures), la couche extérieure est la veste ou une chemise portée ouverte. Celui qui fait bien le layering a l'air japonais en 30 secondes. Celui qui ne porte qu'une chemise sous une veste a l'air d'une copie occidentale.

Celui qui veut tester le look mesh prend un simple manches longues mesh sous un col rond contrasté ou un bomber porté ouvert. C'est l'entrée la plus simple vers le layering d'Harajuku — sans risque, au cas où ça ne marche pas.

Logique de styling

Comment styler la mode japonaise — la logique des couches de Tokyo

Un outfit japonais fonctionne selon deux règles, qui doivent toutes deux tenir en même temps. La première : la rupture de proportion — large en haut, étroit en bas, ou l'inverse. La seconde : au moins trois couches visibles. Une des deux règles manque et l'outfit se lit comme occidental, pas comme japonais.

Les Occidentaux portent un outfit. Les Japonais en portent trois à la fois — et ont l'air d'un seul.

— Beobachtung aus dreißig Jahren Tokio-Streetstyle-Dokumentation

En pratique, ça veut dire : pantalon large plus manches longues près du corps plus surchemise ouverte plus coach jacket par-dessus. Quatre pièces, trois couches visibles, une proportion cassée. Si tu inverses le rapport et portes tout près du corps, tout l'outfit bascule vers la mode occidentale par défaut. Tu trouves le décryptage complet avec exemples photo dans notre article détaillé :

La mode japonaise ne tient pas non plus toute seule. Elle se chevauche sur plusieurs bords avec d'autres codes — sous-culture Harajuku, histoire des marques de streetwear de Tokyo, vague Y2K du début des années 2000, cas particulier du layering d'hiver. Celui qui maîtrise la logique des couches japonaise peut lire ces codes voisins et les combiner de façon ciblée.

Voici les voisins les plus importants — chacun avec son propre guide, si tu veux aller plus loin :

Saisonnier

La mode japonaise en été vs en hiver

Tokyo a quatre saisons tranchées, chacune avec son propre vocabulaire mode. En été, la logique des couches se déplace vers l'intérieur — chemises légères en lin sur un débardeur mesh, pantalons courts à taille haute, presque pas d'outerwear. En hiver, elle s'étend vers l'extérieur — manteau rembourré sur maille sur manches longues sur débardeur, plus une coach jacket courte pour les journées de transition.

L'été japonais fonctionne par le tissu, pas par le volume. Lin, mesh, coton léger. Un lin ample inspiré du hakama à taille haute a meilleure allure à 32 °C que n'importe quel bermuda occidental. La règle du layering reste — deux couches en haut, une en bas, au minimum.

L'hiver japonais résout la règle du layering par la substance plutôt que par le tissu. Long manteau Yohji, hybride kimono rembourré, maille lourde sous coach jacket. La couche extérieure est le plus souvent noire ou indigo, la couche du milieu porte le détail, la plus intérieure tient chaud.

Voilà à quoi ça ressemble en mouvement — layering d'hiver avec une part technique :

Ce qui ne marche pas

Les 6 erreurs les plus fréquentes — ce que tu dois éviter dans le style japonais

La mode japonaise bascule de façon fiable à six endroits — peu importe combien tu investis. Si tu n'en évites qu'un, que ce soit le premier.

Action

Comment te lancer dans la mode japonaise — les 4 premières pièces

Tu n'as pas besoin de vingt pièces pour porter de la mode japonaise. Tu en as besoin de quatre qui seront dans 80 pour cent de tes outfits. Tout le reste se construit autour.

Dans l'ordre : un denim noir ample à taille haute (ton plus grand effet par euro — va sous tout). Une coach jacket ou une veste en denim cropped en noir ou indigo (la couche extérieure). Un manches longues mesh ou un col rond fin (la couche la plus intérieure). Des Mary-Janes à plateforme ou des boots inspirées Tabi (la semelle de Tokyo qui remplace les sneakers). Une cinquième option en bonus : un court manteau haori comme couche de layering saisonnière.

Tenues en vrai

Des outfits japonais pour de vrai — à quoi ça ressemble dans la rue

Avant de construire ton propre outfit, regarde comment les autres le portent. Les six sous-cultures du dessus ont un autre aspect dans le feed que dans les éditos de lookbook : superposées plus densément, moins photogéniques-parfaites, avec de vrais plis de tissu. C'est le moyen le plus rapide de vérifier si la mode japonaise va sur ton type de corps, avant de dépenser de l'argent.

Dans le feed, tu vois aussi comment le layering de Tokyo fonctionne au quotidien — pas en studio, pas sur le pont d'Harajuku, mais dans une rue de Berlin ou sur un quai de métro de Hambourg. C'est la couche de traduction qui manque entre Tokyo et l'Europe.

Pour finir

La mode japonaise n'est pas un look — mais un système de sous-cultures

Si tu retiens une chose de ce guide, que ce soit ça : la mode japonaise ne fonctionne pas par pièces isolées mais par deux pôles et six sous-cultures. Celui qui maîtrise la structure construit cent outfits avec vingt pièces. Celui qui n'achète que des pièces a une armoire pleine sans un seul outfit qui tombe juste.

Toute la logique de ce guide se réduit à une phrase :

Les deux pôles sont stables depuis le début des années 80 et le resteront, parce qu'ils opèrent indépendamment l'un de l'autre. Mais tu n'as pas à attendre de les connaître par cœur tous les deux. Commence par une sous-culture qui te ressemble le plus — probablement le Modern Streetwear ou le kawaii d'Harajuku, selon la forme du jour — et apprends en portant ce qui te paraît juste.

Et c'est là le point : la mode japonaise se lit en théorie comme un atlas plein de règles, mais en pratique elle ne se ressent pas ainsi. Une fois la logique des couches maîtrisée, chaque outfit suivant est une variation des mêmes quatre ou cinq blocs — pas une nouvelle invention.

FAQ

Questions fréquentes sur la mode japonaise

Les questions qu'on reçoit souvent en DM et par e-mail — courtes, claires, sans détour.

Quelles marques de mode viennent du Japon ?
Trois pôles, dix labels : pôle créateurs avec Comme des Garçons, Yohji Yamamoto et Issey Miyake. Pôle streetwear avec A Bathing Ape (BAPE), WTAPS, Neighborhood et Visvim. Entre les deux Sacai et Undercover. Dans le segment de masse Uniqlo. Celui qui connaît l'un de ces dix noms connaît toute une couche de la mode japonaise.
Quelle est la première marque du Japon ?
Par chiffre d'affaires, c'est Uniqlo — sa maison mère Fast Retailing figure depuis des années parmi les plus grandes entreprises de mode au monde. Par influence culturelle, c'est Comme des Garçons. Les deux réponses sont justes, mais elles mesurent des dimensions différentes.
Quel vêtement est typique du Japon ?
Il n'y a pas de vêtement typique unique. Traditionnellement kimono, yukata et haori — aujourd'hui seulement pour les occasions. Au quotidien, ça se décompose en cinq couches : créateurs avant-gardistes (CDG, Yohji), sous-cultures d'Harajuku (kawaii, Lolita, Visual Kei), Modern Streetwear (BAPE, WTAPS), tech/workwear (Visvim, Beams) et basiques de masse (Uniqlo).
Où peut-on acheter de la mode japonaise en ligne en Allemagne ?
Trois voies : premièrement, des marques DTC comme Fūga Studios qui traduisent le vocabulaire de Tokyo pour les fenêtres d'expédition européennes — livraison en 6-11 jours, retour sous 14 jours, pas de supplément Tokyo. Deuxièmement, des plateformes de revente internationales pour des pièces CDG ou Yohji d'occasion. Troisièmement, des concept stores japonais comme Beams ou United Arrows qui expédient vers l'Europe, mais avec douane et fenêtres d'expédition plus longues.
Quelle est la différence entre Harajuku, Visual Kei et Gyaru ?
Harajuku est le terme générique des sous-cultures qui se sont développées depuis la fin des années 80 autour de la gare du même nom à Tokyo. Le Visual Kei en est la branche goth-rock-théâtre — sombre, glam, avec long manteau et coiffure asymétrique, façonnée par les groupes de rock japonais des années 90. Le Gyaru en est la branche Y2K-claire — bronzée, glamour, jupes courtes, chaussures à plateforme, issue à l'origine du grand magasin Shibuya-109. Trois sœurs d'une même mère.
La mode japonaise fonctionne-t-elle différemment pour les femmes modernes ?
Oui — les règles sont les mêmes (layering, rupture de proportion, une marque visible), mais la densité se déplace. À Tokyo, les femmes portent en moyenne plus d'accessoires par outfit, moins de couches de tissu. Avec le kawaii d'Harajuku, le nombre de pièces visibles est particulièrement élevé — bijoux, barrettes, breloques en peluche, plusieurs sacs. Avec la ligne femmes Yohji, c'est exactement l'inverse : une seule pièce drapée fait l'outfit.
Quelle est la différence entre la mode japonaise et la mode coréenne ?
La mode coréenne (K-streetwear) est plus épurée, plus monochrome, avec moins de couches et plus d'accent sur la coupe et l'ajustement. La mode japonaise travaille avec plus de couches visibles, plus de déconstruction, plus de marquage de sous-culture. Un outfit coréen se lit souvent comme minimal-parfait — un outfit japonais se lit comme superposé-maîtrisé. Les deux fonctionnent, mais ils viennent de logiques mode différentes.

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À propos de l'auteur

Philipp Fuge — Founder · Berlin

Fondateur de Fūga Studios. Écrit le journal lui-même. Berlin · Shanghai · Tokyo · Poznań — quatre villes, une logique.

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